Indigènes ?

Réflexion sur l'indigènat des arbres et arbustes ...

Les arbres indigènes sont des arbres arrivés dans nos régions après la dernière glaciation. Ce critère concerne une bonne centaine d'arbres et arbustes. Un arbre indigène est un végétal qui par des moyens naturels s'est installé spontanément et s'est naturellement multiplié après la dernière glaciation. Cette dernière glaciation, il y a environ 10000 ans constitue une ligne de rupture et l'on connait approximativement une datation dans cette évolution.

Ainsi, en se limitant à quelques arbres, on évoque leur apparition selon cet ordre :

de 9800 à 8000 ans av. J.C. Pinus sylvestris, Pinus sylvestris
Betula pendula, Bouleau verruqueux
Juniperus communis, Genévrier
Hippophae rhamnoides, Argousier
Corylus avellana, Noisetier
Populus tremula, Tremble
Quercus sp., Chênes pédonculé et sessile
vers 8000 ans av. J.C. Ulmus campestris, Orme champêtre
Alnus glutinosa, Aulne glutineux
Tilia cordata, Tilleul à petites feuilles
Fraxinus excelsior, Frêne
vers 3000 ans av. J.C. Taxus baccata, If
vers 2000 avant J.C. Fagus sylvatica, Hêtre
vers 1000 ans av. J.C. Carpinus betulus, Charme
et enfin vers 500 av. J.C. Acer campestre, Erable champêtre

 

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Pourquoi arrêter à ce moment-là de cataloguer un arbre comme étant indigène ou non ? C'est arbitraire ! Arbitraire aussi d'oublier tous les arbres et arbustes apparus après 500 de notre ère ! Arbitraire encore, l'expression "par des moyens naturels". Cela signifie que les semences sont arrivées de manière naturelle apportées par le vent ou l'eau, par les oiseaux ou les insectes. L'Homo sapiens ne fait-il pas partie de la nature ? Quelle différence en effet de savoir qu'un chêne a été semé par un geai qui en volant avec un gland dans son bec l'a perdu et que ce gland soit tombé dans un endroit où il a pu germer ou que ce soit un homme l'ayant sorti de son sac ou sa poche l'aie mis en terre ? Petite parenthèse : après la dernière glaciation, l'avancée du chêne pour reconquérir sa place est due principalement à un oiseau : le geai des chênes (Garrulus glandarius) ; dans cette avancée de reconquête par le chêne estimée à 6 kms/an, il est le premier semeur.

Heureusement, pour contrecarrer cette xénophobie végétale de quelques-uns, nous pouvons affirmer qu'avant la dernière glaciation, durant le tertiaire (entre 3 et 1.5 millions d'années), se sont trouvés dans nos régions des genres tels que : Tsuga, Sequoia, Thuya, Zelkova, Carya, Parrotia, Pterocarya, Taxodium, Castanea, Juglans, Celtis, Eucomnia, Halesia, Stewartia, Styrax, Nyssa, Magnolia ... Des fossiles retrouvés, mais surtout des pollens nous ont par leur observation au microscope électronique, révélé leur âge. Ces genres sont davantage indigènes que les plantes indigènes d'aujourd'hui dans la mesure où ils ont vécu ici plus longtemps par le passé. Résultat d'un hasard géologique, les grandes chaînes de montagnes d'Europe s'étendent d'ouest en est alors qu'en Amérique et en Asie, elles s'étendent de sud au nord. Les plantes d'Europe ont dû reculer de manière répétée face aux grands froids des glaciations et ont ainsi été retenues par les chaînes de montagne, avant de disparaître. En revanche en Amérique et en Asie, elles ont pu continuer leur progression vers le sud sans rencontrer d'obstacle et une fois la glace fondue, elles ont pu à nouveau coloniser les terres vers le nord. Comparativement à ces 2 continents, l'Europe s'est retrouvée appauvrie en essences. Seul un nombre limité d'arbres a pu échapper à la glace. Encore moins nombreux les arbres qui ont réussi par la suite à émigrer du sud pour retourner vers le nord. Nombre d'espèces manquent dans la nature mais pas nécessairement parce qu'elles n'ont pas leur place ici, c’est le fait du hasard.

En allant plus loin dans notre raisonnement, si le climat se réchauffe, si les précipitations augmentent (ou diminuent), nous aurons besoin de ces "exotiques". Prenons pour exemple le chêne de Hongrie, Quercus frainetto, qui croit naturellement dans les régions montagneuses des Balkans jusqu'à 1000 m d'altitude. Il atteint là parfois une hauteur de 40 m et lorsqu'il est cultivé il mesure environ 30 m. Cet arbre a une croissance plutôt rapide, il pousse mieux chez nous que le chêne sessile, Quercus petraea. Il résiste mieux au vent et aussi à l'oïdium. Il possède un tronc droit et élancé et pousse dans tous les sols sauf sols humides. Nos espèces indigènes, lors de leur long voyage à travers l'Europe a conduit à un appauvrissement génétique de l'espèce. On peut affirmer qu'en perdant une partie de ses gènes, une espèce recule. Finalement, on peut conclure que ce qui est important ce n'est pas le lieu de provenance d'une espèce mais bien son utilisation et son lieu d'implantation !